حَدَّثَنَا عَبْدُ اللَّهِ بْنُ مَسْلَمَةَ الْقَعْنَبِيُّ، حَدَّثَنَا عَبْدُ الْعَزِيزِ بْنُ أَبِي حَازِمٍ، عَنْ أَبِيهِ، عَنْ سَهْلِ بْنِ سَعْد ٍ ـ رضى الله عنه ـ سَمِعَ النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم يَقُولُيَوْمَ خَيْبَرَ ‏"‏ لأُعْطِيَنَّ الرَّايَةَ رَجُلاً يَفْتَحُ اللَّهُ عَلَى يَدَيْهِ ‏"‏‏.‏ فَقَامُوا يَرْجُونَ لِذَلِكَ أَيُّهُمْ يُعْطَى، فَغَدَوْا وَكُلُّهُمْ يَرْجُو أَنْ يُعْطَى فَقَالَ ‏"‏ أَيْنَ عَلِيٌّ ‏"‏‏.‏ فَقِيلَ يَشْتَكِي عَيْنَيْهِ، فَأَمَرَ فَدُعِيَ لَهُ، فَبَصَقَ فِي عَيْنَيْهِ، فَبَرَأَ مَكَانَهُ حَتَّى كَأَنَّهُ لَمْ يَكُنْ بِهِ شَىْءٌ فَقَالَ نُقَاتِلُهُمْ حَتَّى يَكُونُوا مِثْلَنَا‏.‏ فَقَالَ ‏"‏ عَلَى رِسْلِكَ حَتَّى تَنْزِلَ بِسَاحَتِهِمْ، ثُمَّ ادْعُهُمْ إِلَى الإِسْلاَمِ، وَأَخْبِرْهُمْ بِمَا يَجِبُ عَلَيْهِمْ، فَوَاللَّهِ لأَنْ يُهْدَى بِكَ رَجُلٌ وَاحِدٌ خَيْرٌ لَكَ مِنْ حُمْرِ النَّعَمِ ‏"
Traduction
Rapporté par Abdoullah ibn Abbas

Le Messager d'Allah (paix et bénédictions d'Allah sur lui) écrivit à César pour l'appeler à l'Islam, et envoya avec sa lettre Dihya al-Kalbi, en lui ordonnant de la remettre au gouverneur de Busra pour qu'il la transmette à César. César, lorsque Allah lui eut fait quitter les armées des Perses, marcha de Homs à Ilya (Jérusalem) par gratitude pour ce qu'Allah avait fait pour lui. Lorsque la lettre du Messager d'Allah (paix et bénédictions d'Allah sur lui) lui parvint, il dit lors de la lecture : « Cherchez-moi quelqu'un de son peuple pour l'interroger à son sujet. »

Ibn Abbas dit : Abou Soufyan m'a informé qu'il se trouvait au Shâm parmi des hommes de Quraysh qui étaient venus comme commerçants pendant la trêve conclue entre le Messager d'Allah (paix et bénédictions d'Allah sur lui) et les mécréants de Quraysh. Abou Soufyan dit : Le messager de César nous trouva, et il me prit ainsi que mes compagnons et nous mena à Ilya. Nous fûmes introduits auprès de lui. Il était assis dans sa cour, portant sa couronne, entouré des grands des Romains. Il dit à son interprète : Demande-leur lequel d'entre eux est le plus proche parent de cet homme qui prétend être prophète. Je dis : C'est moi le plus proche parent. Il dit : Quel est le lien de parenté entre toi et lui ? Je dis : C'est le fils de mon oncle paternel. Il n'y avait ce jour-là aucun homme de Banu Abd Manaf dans la caravane, hormis moi. Il dit : Approche-le. Puis il ordonna que mes compagnons soient placés derrière moi, près de mon épaule. Ensuite il dit à son interprète : Dis à mes compagnons que je vais interroger cet homme sur celui qui prétend être prophète. S'il ment, alors démentez-le. Abou Soufyan dit : Par Allah ! Sans la honte que mes compagnons rapportent de moi qu'ils me pensaient menteur, je me serais parjuré lorsque j'ai été interrogé à son sujet, mais j'ai eu honte que l'on rapporte des mensonges de ma part, c'est pourquoi je dis la vérité.

Puis il dit à son interprète : Interroge-le sur la lignée de cet homme parmi vous. Je répondis : Il est d'une noble lignée parmi nous. Il dit : Quelqu'un parmi vous a-t-il dit cette parole avant lui ? Je dis : Non. Il dit : Le suspectiez-vous de mensonge avant qu'il ne dise ce qu'il a dit ? Je dis : Non. Il dit : Y avait-il un roi parmi ses ancêtres ? Je dis : Non. Il dit : Est-ce les notables qui le suivent, ou les faibles ? Je dis : Ce sont plutôt les faibles. Il dit : Est-ce qu'ils augmentent ou diminuent ? Je dis : Ils augmentent. Il dit : Quelqu'un apostasie-t-il de sa religion par mécontentement après y être entré ? Je dis : Non. Il dit : Manque-t-il à son engagement ? Je dis : Non. Et nous sommes actuellement en trêve avec lui, et nous craignons qu'il ne la rompe. Abou Soufyan dit : Je ne pus ajouter contre lui autre chose que cette parole.

Puis il dit : Avez-vous combattu contre lui, ou a-t-il combattu contre vous ? Je dis : Oui. Il dit : Comment furent sa guerre et votre guerre ? Je dis : Elles se succèdent par alternance ; il l'emporte sur nous une fois, et nous l'emportons sur lui une autre fois. Il dit : Que vous ordonne-t-il ? Je dis : Il nous ordonne d'adorer Allah seul, de ne rien Lui associer, d'abandonner ce qu'adoraient nos pères, et il nous ordonne la prière, la sincérité, la chasteté, le respect des engagements et la restitution des dépôts. Lorsque j'eus dit cela, il déclara à son interprète : Dis-lui que je t'ai interrogé sur sa lignée, et tu as affirmé qu'il est d'une noble lignée ; ainsi en est-il des messagers : ils sont envoyés dans la lignée de leur peuple. Je t'ai interrogé : quelqu'un avait-il dit cette parole avant lui ? Tu as répondu que non, et j'aurais dit alors qu'il suit une parole dite avant lui. Je t'ai interrogé : le suspectiez-vous de mensonge avant qu'il ne dise ce qu'il a dit ? Tu as répondu que non, et je sais donc qu'il n'a pas menti sur les hommes, et il ne mentirait pas contre Allah. Je t'ai interrogé : y avait-il un roi parmi ses ancêtres ? Tu as répondu que non, et s'il y avait eu un roi parmi ses ancêtres, j'aurais dit qu'il recherche le royaume de ses pères. Je t'ai interrogé : les notables le suivent-ils ou les faibles ? Tu as répondu que ce sont les faibles, et ce sont eux les compagnons des messagers. Je t'ai interrogé : augmentent-ils ou diminuent-ils ? Tu as répondu qu'ils augmentent, et ainsi est la foi jusqu'à ce qu'elle soit complète. Je t'ai interrogé : quelqu'un apostasie-t-il de sa religion par mécontentement après y être entré ? Tu as répondu que non, et ainsi est la foi lorsque sa douceur se mêle aux cœurs ; nul ne la déteste. Je t'ai interrogé : manque-t-il à son engagement ? Tu as répondu que non, et ainsi sont les messagers : ils ne manquent pas aux engagements. Je t'ai interrogé : l'avez-vous combattu ou vous a-t-il combattus ? Tu as répondu qu'il vous a combattus et que la guerre entre vous est alternée, tantôt il a l'avantage sur vous, tantôt vous l'avez sur lui ; ainsi sont les messagers : ils sont éprouvés, et l'issue finale leur appartient. Je t'ai interrogé : que vous ordonne-t-il ? Tu as répondu qu'il vous ordonne d'adorer Allah seul, de ne rien Lui associer, d'abandonner ce qu'adoraient vos pères, et qu'il vous ordonne la prière, la sincérité, la chasteté, le respect des engagements et la restitution des dépôts. Telle est la description du prophète. Je savais qu'il allait apparaître, mais je ne pensais pas qu'il serait parmi vous. Si ce que tu dis est vrai, il possédera bientôt ce lieu sous mes pieds, et si j'espérais l'atteindre, je supporterais les difficultés pour le rencontrer, et si j'étais auprès de lui, je lui laverais les pieds.

Puis il demanda la lettre du Messager d'Allah (paix et bénédictions d'Allah sur lui) et elle fut lue. Elle contenait ceci :

Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De Muhammad, serviteur d'Allah et Son Messager, à Héraclius, le grand des Romains. Que la paix soit sur ceux qui suivent la guidance. Ensuite : Je t'appelle à l'islam. Embrasse l'islam, tu seras sauf, et Allah te donnera ta récompense deux fois. Mais si tu te détournes, alors sur toi pèsera le péché des Arisyin (les paysans).

Allah dit : {يَا أَهْلَ الْكِتَابِ تَعَالَوْا إِلَىٰ كَلِمَةٍ سَوَاءٍ بَيْنَنَا وَبَيْنَكُمْ أَلَّا نَعْبُدَ إِلَّا اللَّهَ وَلَا نُشْرِكَ بِهِ شَيْئًا وَلَا يَتَّخِذَ بَعْضُنَا بَعْضًا أَرْبَابًا مِنْ دُونِ اللَّهِ فَإِنْ تَوَلَّوْا فَقُولُوا اشْهَدُوا بِأَنَّا مُسْلِمُونَ}

« Ô gens du Livre ! Venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n'adorions qu'Allah, que nous ne Lui associons rien, et que nous ne prenions pas les uns les autres pour seigneurs en dehors d'Allah. Puis s'ils se détournent, dites : Soyez témoins que nous sommes musulmans. » (Coran 3:64)

Abou Soufyan dit : Lorsqu'il eut terminé son discours, les voix des grands Romains autour de lui s'élevèrent, et le vacarme fut tel que je ne sus ce qu'ils disaient. Puis l'ordre fut donné de nous faire sortir. Une fois sorti avec mes compagnons et resté seul avec eux, je leur dis : L'affaire d'Ibn Abi Kabsha est devenue si grande que le roi des Banu al-Asfar (les Romains) le craint. Abou Soufyan dit : Par Allah ! Je n'ai cessé d'être humilié et certain que sa cause allait triompher, jusqu'à ce qu'Allah fasse entrer l'islam dans mon cœur, bien que je le détestasse.