Sunan Abi Dawud

Sunan Abi Dawud 2143

Les droits d’une femme sur son mari
Texte arabe du hadith
حَدَّثَنَا ابْنُ بَشَّارٍ، حَدَّثَنَا يَحْيَى بْنُ سَعِيدٍ، حَدَّثَنَا بَهْزُ بْنُ حَكِيمٍ، حَدَّثَنِي أَبِي، عَنْ جَدِّي، قَالَ قُلْتُ يَا رَسُولَ اللَّهِ نِسَاؤُنَا مَا نَأْتِي مِنْهُنَّ وَمَا نَذَرُ قَالَ ‏"‏ائْتِ حَرْثَكَ أَنَّى شِئْتَ وَأَطْعِمْهَا إِذَا طَعِمْتَ وَاكْسُهَا إِذَا اكْتَسَيْتَ وَلاَ تُقَبِّحِ الْوَجْهَ وَلاَ تَضْرِبْ ‏"‏ ‏.‏ قَالَ أَبُو دَاوُدَ رَوَى شُعْبَةُ ‏"‏ تُطْعِمُهَا إِذَا طَعِمْتَ وَتَكْسُوهَا إِذَا اكْتَسَيْتَ
Traduction
Bahz bin Hakim a rapporté de l’autorité de son père de la part de son grand-père (Mu’awiyah ibn Haydah) en disant

J'ai dit : Ô Messager d'Allah, concernant nos épouses, que devons-nous en approcher et que devons-nous en délaisser ? Il a dit : Viens à ton champ comme tu le veux, nourris-la lorsque tu te nourris, habille-la lorsque tu t'habilles, n'enlaidis pas le visage et ne frappe point.

Abou Dawoud a dit : Shu'bah a rapporté : « Et que tu la nourrisses lorsque tu te nourris et que tu l'habilles lorsque tu t'habilles. »

Commentaire

Vue d'ensemble et thème central

Ce hadith, transmis par Abu Dawud dans le Livre du Mariage (Kitab Al-Nikah) avec la version de Shu'bah, résume le standard prophétique des soins conjugaux : le mari doit fournir nourriture et vêtements à sa femme au même niveau qu'il se fournit à lui-même. Il établit un principe fondamental de justice conjugale, de dignité et d'équité dans la subsistance, élevant le mariage d'un simple contrat à une alliance de compassion mutuelle et de responsabilité. Le thème central est que la femme n'est pas une dépendante subordonnée mais une partenaire dont les besoins fondamentaux—nourriture et vêtements—sont un droit contraignant, mesuré par le niveau de vie du mari lui-même, reflétant la directive coranique de vivre avec les épouses avec bonté (al-ma'ruf).

Contexte et aperçus linguistiques

Le hadith fait partie d'une narration plus longue concernant les droits des épouses, souvent citée dans les discussions sur la nafaqah (entretien). La phrase "que tu lui donnes de la nourriture quand tu as de la nourriture toi-même, et que tu la vêtes quand tu te vêts" utilise les termes arabes "tuṭ'imuha" (tu la nourris) et "taksuha" (tu la vêts), tous deux au présent, indiquant une obligation continue et permanente plutôt qu'un acte ponctuel. Le mot "idha" (quand) établit une condition de parité—non pas simplement un minimum, mais une correspondance avec la propre consommation du mari. Linguistiquement, la répétition de "quand tu as de la nourriture toi-même" et "quand tu te vêts" souligne le principe de la qiwamah (tutelle) tempérée par l'égalité dans les soins matériels. La version de Shu'bah, un narrateur méticuleux, est notable pour sa précision, et elle s'aligne sur d'autres narrations qui ajoutent "et ne frappe pas son visage, ni ne l'insulte, ni ne l'abandonne sauf dans la maison", montrant que la subsistance est associée à l'interdiction de nuire.

Aperçus savants clés et bénéfices juridiques

  • Règle jurisprudentielle : La majorité des savants (y compris les écoles hanafite, malikite, shafi'ite et hanbalite) dérivent de ce hadith que le mari doit fournir nourriture, vêtements et abri à sa femme selon ce qui est coutumier (bil-ma'ruf), avec pour norme ses propres moyens—ni excessif, ni déficient, mais équitable.
  • Principe éthique : Cet enseignement élève la dignité de la femme, interdit l'avarice ou la négligence, et exige que la subsistance du mari soit généreuse et sans ressentiment, comme le Prophète ﷺ a dit : "Les meilleurs d'entre vous sont ceux qui sont les meilleurs envers leurs épouses" (Tirmidhi).
  • Consensus classique : Ibn Qudamah dans Al-Mughni déclare que le droit de la femme à l'entretien est établi par le Coran (Sourate At-Talaq 65:7), la Sunna et le consensus (ijma'), et ce hadith précise la mesure—la parité avec le propre standard du mari, non pas simplement un minimum de subsistance.
"Le mari est commandé de fournir à sa femme de sa propre subsistance et de la vêtir de ses propres vêtements, de ne pas lui donner moins que ce qu'il utilise pour lui-même, car cela serait une forme d'injustice et une violation du commandement d'Allah de la traiter avec bonté." — Imam Ibn Rajab al-Hanbali, Jami' al-Ulum wal-Hikam

Vie quotidienne et application spirituelle

En termes pratiques, ce hadith appelle les maris à examiner leurs habitudes de dépense avec un regard d'équité : si vous vous achetez de la nourriture de qualité, ne donnez pas à votre femme une nourriture inférieure ; si vous portez des vêtements chauds en hiver, assurez-vous qu'elle ait les mêmes. Cela s'étend au-delà de la nourriture et des vêtements littéraux pour englober toutes les nécessités—logement, soins de santé et soutien émotionnel—mesurés par son propre standard de confort. Spirituellement, cet enseignement purifie le cœur de l'avarice et cultive un sens d'intendance (amana), rappelant au mari que sa richesse est un dépôt d'Allah, et sa femme est un dépôt d'Allah. Pour les épouses, cela instille le contentement et la gratitude, tandis que pour la société, cela établit une fondation de justice qui prévient l'exploitation conjugale. En période de difficultés financières, le principe de "quand tu as de la nourriture" offre la miséricorde—l'obligation est proportionnée à la capacité, mais l'intention doit toujours tendre vers la générosité, reflétant la pratique du Prophète ﷺ lui-même qui ne laissait jamais sa famille avoir faim alors qu'il avait les moyens. Ce hadith, par conséquent, est une invitation quotidienne à vivre le mariage comme un reflet de la miséricorde divine, où la subsistance est un acte d'adoration et l'amour s'exprime dans des soins tangibles.