Sunan Abi Dawud
Sunan Abi Dawud 1379
J’étais présent au rassemblement des Banu Salamah, et j’étais le plus jeune d’entre eux.
Ils (les gens) dirent : « Qui demandera au Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) pour nous au sujet de Laylat al-Qadr ? » C’était le vingt et un jour du Ramadan. Je suis sorti et j’ai dit la prière du coucher du soleil avec le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم). Je me trouvai alors à la porte de sa maison.
Il est passé près de moi et m’a dit : Entrez. Je suis entré (dans la maison) et on lui a apporté le dîner. On m’a empêché de prendre de la nourriture car elle était rare.
Quand il eut fini son dîner, il me dit : Donne-moi mes chaussures. Il s’est alors levé et je me suis aussi levé avec lui. Il m’a dit : « Peut-être avez-vous des affaires avec moi.
J’ai dit : Oui. Des gens des Banu Salamah m’ont envoyé vers vous pour vous poser des questions sur Laylat al-Qadr. Il demanda : « Quelle nuit : est-ce ce soir ? »
J’ai dit : vingt-deuxième. Il dit : « C’est la nuit même. » Il se retira alors et dit : « Ou la nuit suivante, en se référant à la vingt-troisième nuit. »
Aperçu et thème central
Ce hadith, rapporté par l'imam Abou Dawoud dans son Sunan (n° 1379), éclaire le mystère profond de Laylat al-Qadr (la Nuit du Décret) durant les dix dernières nuits du Ramadan. Le thème central est la guidance du Prophète ﷺ dans la recherche de cette nuit bénie, soulignant l'importance des nuits impaires, en particulier les vingt-et-unième, vingt-deuxième et vingt-troisième. La narration met en évidence la pédagogie douce du Prophète ﷺ, son attention à la question d'un jeune compagnon, et l'urgence spirituelle de la veillée et de la dévotion dans ces dernières nuits. Elle enseigne que Laylat al-Qadr est un trésor caché, voilé par sagesse, encourageant les croyants à intensifier leur adoration tout au long de la dernière décade du Ramadan plutôt que de la limiter à une seule nuit.
Contexte et perspectives linguistiques
Le narrateur est Abou Dharr al-Ghifari (qu'Allah soit satisfait de lui), qui était présent parmi la tribu des Banu Salamah. L'expression "j'étais le plus jeune d'entre eux" souligne son humilité et son empressement à servir. Le terme "Laylat al-Qadr" dérive de "qadr" signifiant honneur, dignité ou décret divin—indiquant que cette nuit-là, Allah décrète les affaires de l'année à venir et accorde un honneur immense à Ses serviteurs. La réponse du Prophète ﷺ : "C'est cette nuit même", en référence à la vingt-deuxième, suivie de "ou la nuit suivante", démontre l'ambiguïté délibérée de sa date exacte. Linguistiquement, le hadith utilise "al-'ishaa'" pour la prière du coucher du soleil (Maghrib) dans certaines narrations, montrant des variations dialectales régionales. La question du Prophète ﷺ : "Peut-être as-tu une affaire avec moi ?" (la'allaka laka haajah), reflète son attention compatissante, utilisant la particule "la'alla" (peut-être) pour inviter doucement le jeune compagnon à exprimer son besoin.
Principales perspectives savantes et bénéfices juridiques
Application dans la vie quotidienne et spirituelle
Pour le musulman contemporain, ce hadith inspire une dévotion proactive et soutenue durant les dix dernières nuits du Ramadan, plutôt qu'une course de dernière minute. Il encourage le croyant à imiter le zèle juvénile d'Abou Dharr et sa responsabilité communautaire—se porter volontaire pour rechercher la connaissance et servir les autres. Pratiquement, on doit se préparer spirituellement et physiquement pour ces nuits : minimiser les distractions mondaines, augmenter les invocations (du'a), réciter le Coran, et accomplir des prières volontaires avec humilité. Le hadith enseigne aussi l'étiquette de s'occuper des besoins de l'hôte et d'être attentif aux circonstances des autres. Par-dessus tout, il nous rappelle que Laylat al-Qadr n'est pas un rituel fixe mais un état de connexion sincère avec Allah—une opportunité de renouveler notre alliance, de chercher le pardon, et d'aligner nos décrets sur la sagesse divine. Faisons de chaque nuit impaire une quête sincère, sachant que le Prophète ﷺ a dit : "Quiconque se tient en prière pendant Laylat al-Qadr par foi et en cherchant la récompense, ses péchés antérieurs seront pardonnés" (Boukhari et Mouslim).