« À l’exception de ceux qui se repentent et croient (dans le monothéisme islamique) et font de bonnes œuvres, Allah changera leurs péchés en bonnes actions, et Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (V.25:70) Sahih al-Bukhari 4766

Texte arabe du hadith
حَدَّثَنَا عَبْدَانُ، أَخْبَرَنَا أَبِي، عَنْ شُعْبَةَ، عَنْ مَنْصُورٍ، عَنْ سَعِيدِ بْنِ جُبَيْرٍ، قَالَ أَمَرَنِي عَبْدُ الرَّحْمَنِ بْنُ أَبْزَى أَنْ أَسْأَلَ ابْنَ عَبَّاسٍ، عَنْ هَاتَيْنِ الآيَتَيْنِ، ‏‏{‏وَمَنْ يَقْتُلْ مُؤْمِنًا مُتَعَمِّدًا‏}‏، فَسَأَلْتُهُ فَقَالَ لَمْ يَنْسَخْهَا شَىْءٌ‏.‏ وَعَنْ ‏‏{‏وَالَّذِينَ لاَ يَدْعُونَ مَعَ اللَّهِ إِلَهًا آخَرَ‏}‏ قَالَ نَزَلَتْ فِي أَهْلِ الشِّرْكِ‏.‏
Traduction
Rapporté par Sa’id bin Jubair

'Abdur-Rahman bin Abza m’a ordonné d’interroger Ibn 'Abbas au sujet des deux versets (dont le premier était) : « Et quiconque tue intentionnellement un croyant. » (4.93) Je lui demandai donc, et il me dit : « Rien n’a abrogé ce verset. » À propos (de l’autre verset) : « Et ceux qui n’invoquent pas auprès d’Allah un autre dieu. » Il a dit : « Cela a été révélé au sujet des païens. »

Commentaire

Aperçu et thème central

Ce hadith, transmis par Abdur-Rahman bin Abza via Ibn Abbas (qu'Allah les agrée), traite de deux versets coraniques pivots concernant la justice et la miséricorde divines. Le premier verset (An-Nisa 4:93) déclare que quiconque tue délibérément un croyant encourt un châtiment éternel en Enfer, et Ibn Abbas affirme que ce jugement reste non abrogé, établissant l'inviolabilité de la vie d'un croyant. Le deuxième verset (Al-Furqan 25:68-70) énumère des péchés incluant le shirk (polythéisme), le meurtre illégal et l'adultère, et Ibn Abbas clarifie que ce verset a été révélé spécifiquement concernant les païens de La Mecque—pas les croyants—distinguant ainsi entre le péché impardonnable du shirk pour ceux qui meurent en cet état et l'espoir de repentance pour les monothéistes. Le thème central est l'application précise des textes coraniques : une rétribution divine sévère pour le meurtre intentionnel sans cause valable et la portée contextuelle des versets adressés aux polythéistes, soulignant l'équilibre entre la justice d'Allah et Sa miséricorde.

Contexte et aperçus linguistiques

Le hadith découle d'une question posée par Abdur-Rahman bin Abza, un compagnon connu pour sa piété, qui cherchait des éclaircissements auprès d'Ibn Abbas—l'éminent interprète du Coran (Tarjuman al-Qur'an). Le premier verset (An-Nisa 4:93) déclare : « Et quiconque tue un croyant intentionnellement, sa rétribution est l'Enfer ; il y demeurera éternellement, et Allah l'a maudit et lui a préparé un grand châtiment. » Linguistiquement, le terme « mu'min » (croyant) est général, englobant tous ceux qui professent la foi, et la phrase « fa-jaza'uhu Jahannam » (sa rétribution est l'Enfer) utilise un article défini indiquant la sévérité. L'affirmation d'Ibn Abbas selon laquelle « rien n'a abrogé ce verset » réfute toute notion de supersession, affirmant son applicabilité perpétuelle. Concernant le deuxième verset (Al-Furqan 25:68) : « Et ceux qui n'invoquent pas avec Allah une autre divinité et ne tuent pas l'âme qu'Allah a interdite, sauf à juste titre, et ne commettent pas de rapport sexuel illicite—et quiconque fait cela rencontrera une pénalité », Ibn Abbas clarifie qu'il a été révélé à propos des païens de Quraysh qui ont commis ces actes odieux, mais les versets suivants (25:70-71) promettent le pardon pour ceux qui se repentent et croient, montrant ainsi que la menace de punition est pour ceux qui persistent dans le shirk sans repentance, pas pour les croyants qui pèchent et reviennent à Allah.

Aperçus savants clés et bénéfices juridiques

  • Le meurtre intentionnel d'un croyant est un péché majeur (kabirah) avec une menace sévère de châtiment éternel, et ce jugement n'est pas abrogé ; cependant, les savants (jumhur) soutiennent que le châtiment peut être levé par une repentance sincère, car la miséricorde d'Allah englobe tous les péchés sauf le shirk à la mort sans repentance (basé sur An-Nisa 4:48 et 4:116).
  • Le verset dans Al-Furqan (25:68) a été révélé concernant les polythéistes, indiquant que la menace de punition pour ces péchés est principalement dirigée contre ceux qui les commettent tout en associant des partenaires à Allah, tandis que les croyants qui commettent de tels péchés sont soumis aux peines légales (hudud) dans ce monde et sont sous la volonté d'Allah dans l'au-delà—soit punis, soit pardonnés.
  • Ce hadith démontre le principe de l'interprétation contextuelle (tafsir al-ayah bi al-ma'thur) : comprendre l'occasion de la révélation et le public visé est essentiel pour éviter une mauvaise application, et il souligne l'importance de chercher la connaissance auprès de savants qualifiés comme Ibn Abbas.
« Ibn Hajar al-Asqalani, dans Fath al-Bari (12:272), commente : « La déclaration d'Ibn Abbas selon laquelle le verset a été révélé concernant les païens ne nie pas son application générale aux croyants qui commettent ces péchés, mais plutôt elle spécifie le contexte principal de la révélation, tandis que le jugement général reste valable pour tous ceux qui commettent de tels actes sans repentance. » »

Application quotidienne et spirituelle

Ce hadith appelle chaque musulman à révérer le caractère sacré de la vie humaine, reconnaissant que le meurtre intentionnel est une transgression grave avec des conséquences éternelles, et donc à faire preuve d'une retenue extrême dans la colère et les conflits. Il instille également l'espoir : même si l'on est tombé dans des péchés majeurs, la porte de la repentance reste ouverte pour les monothéistes, car la miséricorde d'Allah est vaste—mais cet espoir ne doit jamais engendrer la complaisance, car la mort sur le shirk annule toutes les actions. Dans la vie quotidienne, on doit éviter d'associer des partenaires à Allah sous quelque forme que ce soit (y compris le riya, ou l'exhibitionnisme), s'abstenir de tuer illégalement et de l'adultère, et chercher un tawbah sincère (repentance) immédiatement après tout péché, combinant la crainte de la justice d'Allah avec l'espoir en Sa miséricorde. De plus, il encourage les croyants à étudier le Coran avec un contexte approprié, en consultant des tafsir authentiques et des savants érudits, afin que les versets ne soient pas mal utilisés ou sortis de leur portée prévue, incarnant ainsi l'héritage prophétique de la connaissance, de la justice et de la miséricorde.