« Et si deux partis (ou groupes) parmi les croyants tombent dans la lutte, alors faites la paix entre eux deux... » Allah les a appelés « croyants » Sahih al-Bukhari 31
Texte arabe du hadith
حَدَّثَنَا عَبْدُ الرَّحْمَنِ بْنُ الْمُبَارَكِ، حَدَّثَنَا حَمَّادُ بْنُ زَيْدٍ، حَدَّثَنَا أَيُّوبُ، وَيُونُسُ، عَنِ الْحَسَنِ، عَنِ الأَحْنَفِ بْنِ قَيْسٍ، قَالَ ذَهَبْتُ لأَنْصُرَ هَذَا الرَّجُلَ، فَلَقِيَنِي أَبُو بَكْرَةَ فَقَالَ أَيْنَ تُرِيدُ قُلْتُ أَنْصُرُ هَذَا الرَّجُلَ. قَالَ ارْجِعْ فَإِنِّي سَمِعْتُ رَسُولَ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم يَقُولُ "إِذَا الْتَقَى الْمُسْلِمَانِ بِسَيْفَيْهِمَا فَالْقَاتِلُ وَالْمَقْتُولُ فِي النَّارِ ". فَقُلْتُ يَا رَسُولَ اللَّهِ هَذَا الْقَاتِلُ فَمَا بَالُ الْمَقْتُولِ قَالَ " إِنَّهُ كَانَ حَرِيصًا عَلَى قَتْلِ صَاحِبِهِ "
Traduction
A raconté Al-Ahnaf bin Qais
Alors que j’allais aider cet homme (Ali Ibn Abi Talib), Abou Bakra m’a rencontré et m’a demandé : « Où vas-tu ? » J’ai répondu : « Je vais aider cette personne. » Il a dit : « Retournez, car j’ai entendu le Messager d’Allah (ﷺ) dire : « Lorsque deux musulmans se battent avec leurs épées, le meurtrier et le tué iront au feu de l’Enfer. » J’ai dit : « Ô Messager d’Allah (ﷺ) ! C’est bien pour le meurtrier, mais qu’en est-il de celui qui est assassiné ? Le Messager d’Allah (ﷺ) a répondu : « Il avait certainement l’intention de tuer son compagnon. »
Aperçu et thème central
Ce hadith profond, rapporté dans Sahih al-Bukhari (31) dans le Livre de la Foi (Kitab al-Iman), établit un principe fondamental concernant le caractère sacré de la vie musulmane et la gravité de la violence entre musulmans. Le Prophète ﷺ déclare que lorsque deux musulmans s'affrontent avec des épées, chacun ayant l'intention de tuer l'autre, tous deux sont destinés à l'Enfer. Le thème central n'est pas seulement l'acte physique de tuer, mais l'intention corrompue (niyyah) qui le précède. Le meurtrier est condamné pour avoir pris une vie, tandis que celui qui est tué est également condamné parce que son cœur nourrissait la même intention meurtrière. Cet enseignement souligne qu'en Islam, les intentions sont la mesure des actes, et que le simple désir de verser le sang d'un frère, même s'il n'est pas réalisé, est une catastrophe spirituelle qui éteint la lumière de la foi.
Contexte et aperçus linguistiques
Le hadith se situe pendant une période de grave discorde civile (fitnah) après l'assassinat du calife Uthman ibn Affan. Le narrateur, Abu Bakra (qu'Allah soit satisfait de lui), rencontre un homme se précipitant pour soutenir Ali ibn Abi Talib dans la bataille imminente du Chameau (656 EC). Abu Bakra le retient en rappelant cet avertissement prophétique. Le verbe arabe utilisé est "iqtatala" (اِقْتَتَلَا), qui désigne un combat mutuel avec intention de tuer, pas simplement une bagarre. L'expression "bi sayfayhima" (بِسَيْفَيْهِمَا) — "avec leurs épées" — souligne l'arme mortelle, indiquant que le conflit a escaladé vers une intention létale. La réponse du Prophète, "innahu kana harisan 'ala qatli sahibihi" (إِنَّهُ كَانَ حَرِيصًا عَلَى قَتْلِ صَاحِبِهِ) — "il était avide de tuer son compagnon" — utilise le mot "haris" (حَرِيص), qui exprime un désir intense et persistant, révélant que le péché de la victime réside dans son ambition meurtrière inébranlable, non dans sa mort elle-même. Cette précision linguistique souligne que l'état spirituel, et non le résultat, détermine le jugement divin.
Aperçus savants clés et bénéfices juridiques
Vie quotidienne et application spirituelle
Dans notre contexte contemporain, ce hadith sert de puissant dissuasif contre les conflits verbaux et physiques croissants qui affligent les communautés musulmanes. Les "épées" d'aujourd'hui peuvent être des paroles dures, des attaques sur les réseaux sociaux ou des rhétoriques sectaires diviseuses — toutes issues de la même intention meurtrière de détruire la dignité ou la réputation d'autrui. Le croyant est appelé à incarner le caractère prophétique de la retenue, du pardon et de la réconciliation. Avant de s'engager dans tout différend, on doit se demander : "Mon intention est-elle de gagner à tout prix, ou de préserver le lien de la foi ?" Cet enseignement exige que nous déracinions la haine de nos cœurs, que nous recherchions une résolution pacifique même lorsque nous sommes lésés, et que nous nous souvenions que la perte ultime n'est pas de perdre une dispute mais de perdre notre foi. Les étapes pratiques incluent calmer sa colère, chercher refuge auprès d'Allah contre Shaytan, et initier la réconciliation (sulh) même si l'autre partie est en faute. En intériorisant ce hadith, nous nous transformons de personnes promptes à riposter en ambassadeurs de la miséricorde, reflétant l'idéal coranique : "Et les serviteurs du Tout-Miséricordieux sont ceux qui marchent sur terre avec humilité, et quand les ignorants les interpellent, ils disent : Paix" (25:63).