Sahih al-Bukhari

Sahih al-Bukhari 5185, 5186

L’exhortation à prendre soin des femmes
Texte arabe du hadith
حَدَّثَنَا إِسْحَاقُ بْنُ نَصْرٍ، حَدَّثَنَا حُسَيْنٌ الْجُعْفِيُّ، عَنْ زَائِدَةَ، عَنْ مَيْسَرَةَ، عَنْ أَبِي حَازِمٍ، عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ، عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ ‏"‏ مَنْ كَانَيُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ فَلاَ يُؤْذِي جَارَهُ ‏"‏‏.‏ وَاسْتَوْصُوا بِالنِّسَاءِ خَيْرًا فَإِنَّهُنَّ خُلِقْنَ مِنْ ضِلَعٍ وَإِنَّ أَعْوَجَ شَيْءٍ فِي الضِّلَعِ أَعْلَاهُ فَإِنْ ذَهَبْتَ تُقِيمُهُ كَسَرْتَهُ وَإِنْ تَرَكْتَهُ لَمْ يَزَلْ أَعْوَجَ فَاسْتَوْصُوا بِالنِّسَاءِ خَيْرًا
Traduction
Rapporté par Abu Huraira

Le Prophète (ﷺ) a dit : « Quiconque croit en Allah et au Jour dernier ne doit pas faire de mal à son prochain. Et je vous conseille de prendre soin des femmes, car elles sont créées à partir d’une côte et la partie la plus tordue de la côte est sa partie supérieure ; si vous essayez de le redresser, il se brisera, et si vous le laissez, il restera tordu, alors je vous exhorte à prendre soin des femmes.

Commentaire

Aperçu et thème central

Ce hadith profond, rapporté dans Sahih al-Bukhari (5185, 5186) sous le Livre du Mariage (Nikaah), tisse ensemble deux piliers essentiels de l'éthique sociale islamique : la sainteté des relations de voisinage et la nature divinement ordonnée de l'harmonie conjugale. Le Prophète ﷺ commence par ancrer l'interdiction de nuire aux voisins dans les deux piliers jumeaux de la foi—la croyance en Allah et au Jour Dernier—élevant ainsi la bonté envers le voisin de simple courtoisie sociale à un acte d'adoration avec des conséquences eschatologiques. La deuxième partie utilise la métaphore frappante de la côte pour enseigner aux maris une philosophie complète de patience, de douceur et d'attentes réalistes dans leurs relations avec leurs épouses. Le thème central est que la vraie foi se manifeste dans la conduite interpersonnelle, et que le lien conjugal, comme la côte, exige de comprendre sa nature inhérente plutôt que de tenter de la "corriger" par la force, ce qui ne mène qu'à la rupture.

Contexte et aperçus linguistiques

Le hadith a été rapporté par Abu Hurairah (qu'Allah soit satisfait de lui) pendant la période d'adieu de la vie du Prophète, en particulier dans le contexte de son sermon final et de ses enseignements sur les droits des femmes. Le mot arabe "استوصوا" (istawsoo) porte l'impératif de "je vous conseille de prendre soin", impliquant une recommandation contraignante du plus haut ordre—non pas une simple suggestion mais une directive à honorer. Le mot "ضلع" (dil') se réfère spécifiquement à la côte, et la description "أعوج" (a'waj) dénote une courbure naturelle et inhérente plutôt qu'une déficience morale. La phrase du Prophète "إن ذهبت تقيمه كسرته" (si tu essaies de la redresser, elle se brisera) utilise le verbe "kasara" (briser) pour indiquer la destruction de la relation elle-même, pas seulement l'esprit de la femme. Linguistiquement, la métaphore est précise : la partie supérieure de la côte est la plus courbée, symbolisant que les qualités mêmes qui peuvent sembler "tordues" chez les femmes—la sensibilité émotionnelle, la volonté forte ou des dispositions particulières—font partie de leur conception divine et ne peuvent être remodelées de force sans résultats catastrophiques.

Aperçus savants clés et bénéfices juridiques

  • Règle jurisprudentielle : L'imam Ibn Hajar al-Asqalani dans Fath al-Bari établit que nuire à un voisin—que ce soit par la parole, l'acte ou même un bruit excessif—est interdit (haram) et constitue un péché majeur, car cela contredit l'essence même de la foi. La condition d'ouverture du hadith "quiconque croit en Allah et au Jour Dernier" sert de puissant dissuasif, reliant la conduite envers le voisin à son salut ultime.
  • Principe éthique du réalisme conjugal : La métaphore de la côte enseigne que les maris doivent accepter les dispositions naturelles de leurs épouses sans tenter de les "redresser" par la dureté, la coercition ou la critique constante. L'imam An-Nawawi explique que "briser" dans ce contexte se réfère au divorce (talaq) ou à la destruction de l'affection conjugale—un avertissement contre les réactions extrêmes aux imperfections mineures.
  • Consensus sur la dignité des femmes : Les savants classiques sont unanimes pour dire que ce hadith impose un traitement bienveillant (mu'asharah bil-ma'ruf) des femmes. L'imam Al-Qurtubi note que la répétition par le Prophète de "je vous exhorte à prendre soin des femmes" (deux fois dans certaines narrations) souligne son urgence et son importance, en faisant un texte fondateur pour le droit de la famille islamique et l'éthique des genres.
"Le Prophète ﷺ a comparé les femmes à la côte—non pour les rabaisser, mais pour apprendre aux hommes que leur force réside dans la douceur. Celui qui cherche à changer entièrement la nature donnée par Dieu à une femme ne fera que briser le lien ; celui qui l'accepte avec ses qualités et travaille avec elles trouvera en elle une source de réconfort et de compagnie." — Imam Ibn Hajar al-Asqalani, Fath al-Bari

Application quotidienne et spirituelle

Dans notre contexte contemporain, ce hadith offre un paradigme transformateur pour la conduite personnelle et la responsabilité sociale. Pour les voisins, il nous appelle à examiner nos interactions quotidiennes : sommes-nous attentifs aux niveaux de bruit, aux places de stationnement, aux murs partagés et à l'intimité de ceux qui nous entourent ? La foi du croyant est incomplète si son voisin est troublé par lui—une mesure puissante pour l'auto-évaluation. Pour les maris, la métaphore de la côte sert de rappel quotidien que le mariage n'est pas un projet de "réparation" de son conjoint mais un voyage de croissance mutuelle et d'acceptation. L'application pratique comprend : (1) pratiquer la patience active lorsque des désaccords surviennent, en se rappelant que certaines différences sont inhérentes et non des défauts ; (2) communiquer avec douceur plutôt qu'avec force, sachant que les paroles dures "brisent" l'esprit même si le mariage survit ; (3) apprécier les forces uniques qui accompagnent la nature distincte d'une épouse—son intelligence émotionnelle, son intuition et sa résilience—plutôt que de les considérer comme des obstacles. En fin de compte, le hadith élève à la fois la bonté envers le voisin et la compassion conjugale à des actes de foi, nous rappelant que notre relation avec Allah se reflète dans la façon dont nous traitons Sa création. En incarnant cet enseignement avec Ihsan (excellence), nous accomplissons l'héritage de miséricorde du Prophète ﷺ et construisons des communautés enracinées dans le respect mutuel et la conscience divine.