Adam et Moïse se disputèrent, Moïse dit : « Ô Adam ! C’est toi qu’Allah a créé de Sa Main, qu’Allah a soufflé en toi de Son Esprit, et tu as égaré les gens et les as chassés du Paradis. Alors Adam dit : « Tu es Moïse, celui qu’Allah a choisi par Son discours ! M’accusez-vous de quelque chose que j’ai fait et qu’Allah avait décrété pour moi, avant de créer les cieux et la terre ? Il dit : « Alors Adam réfuta Moïse. »
Commentaire du Hadith : Le Débat Entre Adam et Moussa
Cette narration profonde de Jami' at-Tirmidhi (Hadith 2134) présente un dialogue théologique entre deux grands prophètes concernant le décret divin (al-Qadar) et la responsabilité humaine.
Contexte et Signification
Ce hadith apparaît dans la section « Chapitres sur Al-Qadar » de Jami' at-Tirmidhi, abordant l'une des questions théologiques les plus complexes de l'islam. Le débat a lieu dans le domaine spirituel, démontrant comment les prophètes comprenaient le décret préordonné d'Allah.
La réponse d'Adam établit un principe islamique fondamental : la connaissance éternelle et le décret d'Allah précèdent toute création. Ce qui apparaît comme un choix humain se produit dans le cadre de la sagesse divine et de la connaissance prééternelle.
Analyse Savante de l'Argument
L'argument de Moussa met l'accent sur la responsabilité humaine et l'honneur qu'Allah a accordé à Adam – créé avec la Main d'Allah et imprégné de Son Esprit. Moussa souligne la conséquence de l'action d'Adam : l'expulsion de l'humanité du Paradis.
Le contre-argument d'Adam démontre une compréhension supérieure d'al-Qadar. Il reconnaît la distinction de Moussa en tant que prophète à qui Allah a parlé directement, puis redirige la discussion vers le décret divin. Sa déclaration « quelque chose qu'Allah avait décrété pour moi avant de créer les cieux et la terre » fait référence à la Tablette Préservée (al-Lawh al-Mahfuz) où toutes les affaires sont enregistrées.
Implications Théologiques
Les savants classiques expliquent que la victoire d'Adam dans le débat ne nie pas la responsabilité humaine. Au contraire, elle situe les actions humaines dans la connaissance et la volonté globales d'Allah. Le hadith équilibre le décret divin avec la responsabilité humaine.
Ibn Taymiyyah note que les deux perspectives contiennent une part de vérité : Moussa a correctement souligné la conséquence de la désobéissance, tandis qu'Adam a correctement fait référence au décret divin global. La réconciliation réside dans la compréhension que le décret d'Allah englobe à la fois l'action et ses conséquences.
Leçons Pratiques
Cette narration enseigne l'humilité dans le jugement – nous ne pouvons pas pleinement comprendre les circonstances d'autrui dans le décret d'Allah. Elle encourage également à rechercher la miséricorde d'Allah plutôt que de se concentrer uniquement sur le blâme.
L'attitude musulmane appropriée combine la prise de responsabilité pour ses actions tout en reconnaissant que tout se produit par la volonté et la connaissance d'Allah. Cette compréhension équilibrée prévient à la fois le fatalisme et le déni du décret divin.