À propos de la sourate An-Nisa Jami` at-Tirmidhi 3021

Texte arabe du hadith
حَدَّثَنَا مُحَمَّدُ بْنُ بَشَّارٍ، حَدَّثَنَا مُحَمَّدُ بْنُ جَعْفَرٍ، حَدَّثَنَا شُعْبَةُ، عَنْ فِرَاسٍ، عَنِ الشَّعْبِيِّ، عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ عَمْرٍو، عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ ‏"‏ الْكَبَائِرُالإِشْرَاكُ بِاللَّهِ وَعُقُوقُ الْوَالِدَيْنِ أَوْ قَالَ الْيَمِينُ الْغَمُوسُ ‏"‏ ‏.‏ شَكَّ شُعْبَةُ ‏.‏ قَالَ أَبُو عِيسَى هَذَا حَدِيثٌ حَسَنٌ صَحِيحٌ
Traduction
Rapporté par 'Abdullah bin 'Amr

que le Prophète (صلى الله عليه وسلم) a dit : « Les péchés majeurs sont d’associer les autres à Allah, de désobéir aux parents » ou il a dit : « Le faux serment ». Shu’bah (un narrateur dans la chaîne) était dans le doute.

Commentaire

Aperçu et thème central

Ce hadith, rapporté par l'imam At-Tirmidhi dans son Jami' (3021), décrit les transgressions les plus graves en Islam—les péchés majeurs (kaba'ir). Le Prophète ﷺ en énumère trois : shirk (associer des partenaires à Allah), la désobéissance aux parents ('uquq al-walidayn), et les faux serments (al-yamin al-ghamus), bien que le narrateur Shu'bah ait exprimé un doute quant à savoir si le troisième était mentionné dans cette narration spécifique. Le thème central souligne la gravité de violer les droits d'Allah (huquq Allah) et les droits de la création (huquq al-'ibad), établissant une hiérarchie de responsabilité où la pureté théologique, la piété filiale et l'intégrité verbale sont fondamentales pour le tissu moral du croyant. Cet enseignement sert de correctif à ceux qui pourraient banaliser les obligations familiales ou la parole, nous rappelant que le salut repose à la fois sur l'adoration et la conduite éthique.

Contexte et perspectives linguistiques

Le hadith est un segment d'une tradition plus longue rapportée par Anas ibn Malik (qu'Allah soit satisfait de lui), souvent citée dans les discussions sur les péchés majeurs. Le Prophète ﷺ a été interrogé sur les péchés les plus graves, et il a répondu avec ces catégories. Linguistiquement, shirk dérive de la racine sh-r-k, signifiant "partager" ou "associer", impliquant l'attribution d'attributs divins à autre qu'Allah. 'Uquq (de 'a-q-q) signifie littéralement "couper" ou "séparer", signifiant la rupture du lien de bonté, de miséricorde et de respect dû aux parents—un contraste frappant avec birr (droiture et dévouement). Al-yamin al-ghamus fait référence à un faux serment qui "plonge" (ghamasa) celui qui jure dans le péché et potentiellement dans l'Enfer, car il implique de jurer par Allah en connaissance de cause sur un mensonge, souvent pour usurper des biens ou des droits. Le doute du narrateur (shakk) reflète la méticulosité des transmetteurs de hadith, qui ont préservé même leur incertitude pour maintenir l'intégrité académique—une leçon d'honnêteté savante.

Perspectives savantes clés et bénéfices juridiques

  • Priorité théologique : Le shirk est le péché impardonnable si l'on meurt en cet état (Coran 4:48, 116), annulant toutes les œuvres. Ce hadith l'établit comme le péché majeur suprême, exigeant un monothéisme sans compromis (tawhid) dans la croyance, l'adoration et l'intention.
  • Piété filiale comme pierre angulaire morale : La désobéissance aux parents est élevée au rang des péchés majeurs, juste après le shirk. Cela souligne que les devoirs familiaux ne sont pas simplement une éthique sociale mais des actes d'adoration, des savants comme Ibn Hajar notant que 'uquq inclut les abus verbaux, la négligence et même montrer de l'irritation (Coran 17:23).
  • Sainteté de la parole et de la confiance : Le faux serment (yamin ghamus) est considéré comme un péché majeur en raison de sa combinaison de mensonge, de jurer par Allah faussement et de nuire potentiellement aux droits d'autrui. Les juristes (par exemple, les Hanafites et les Shafi'ites) en déduisent qu'un tel serment encourt une punition sévère dans l'au-delà et exige un repentir sincère (tawbah) et une restitution, bien qu'aucune expiation (kaffarah) ne suffise pour sa gravité.
"Les péchés majeurs sont ceux pour lesquels une punition légale (hadd) est prescrite dans ce monde, ou une menace de punition dans l'au-delà est mentionnée, ou une malédiction est enregistrée sur le fauteur. Et le plus grand d'entre eux est le shirk, puis tuer une âme, puis la désobéissance aux parents, puis le faux serment." — Imam Al-Qurtubi, Al-Mufhim

Vie quotidienne et application spirituelle

Dans notre vie quotidienne, ce hadith sert de boussole spirituelle. Il nous appelle à purifier continuellement notre tawhid—en veillant à ce que nos prières, intentions et confiance soient uniquement pour Allah, libres d'ostentation (riya') ou de superstition. Il nous exhorte à examiner notre relation avec nos parents : leur parlons-nous avec douceur (qawlan karima) ? Les servons-nous dans leur vieillesse, même lorsque c'est pénible ? Cela s'étend au-delà des parents biologiques pour inclure les beaux-parents et les aînés. En ce qui concerne la parole, nous devons cultiver une culture de vérité, évitant les serments sauf en cas de nécessité, et lorsque nous jurons, ne le faire qu'avec une certitude absolue. Si nous avons erré, le repentir immédiat, la recherche du pardon d'Allah et de la partie lésée, et l'amendement de nos voies sont impératifs. Ce hadith rappelle que l'Islam n'est pas simplement ritualiste ; c'est un chemin holistique où la dévotion du cœur, les liens familiaux et l'honnêteté de la langue sont des piliers entrelacés d'une vie qui plaît à Allah et assure le succès dans l'au-delà.