Ce qui a été rapporté à propos de sujets qui ne sont pas clairs Jami` at-Tirmidhi 1205

Texte arabe du hadith
حَدَّثَنَا قُتَيْبَةُ بْنُ سَعِيدٍ، أَنْبَأَنَا حَمَّادُ بْنُ زَيْدٍ، عَنْ مُجَالِدٍ، عَنِ الشَّعْبِيِّ، عَنِ النُّعْمَانِ بْنِ بَشِيرٍ، قَالَ سَمِعْتُ رَسُولَ اللَّهُ صلى الله عليه وسلم يَقُولُ ‏"‏ الْحَلاَلُ بَيِّنٌ وَالْحَرَامُ بَيِّنٌ وَبَيْنَ ذَلِكَ أُمُورٌ مُشْتَبِهَاتٌ لاَ يَدْرِي كَثِيرٌ مِنَ النَّاسِ أَمِنَ الْحَلاَلِ هِيَ أَمْ مِنَ الْحَرَامِ فَمَنْ تَرَكَهَا اسْتِبْرَاءً لِدِينِهِ وَعِرْضِهِ فَقَدْ سَلِمَ وَمَنْ وَاقَعَ شَيْئًا مِنْهَا يُوشِكُ أَنْ يُوَاقِعَ الْحَرَامَ كَمَا أَنَّهُ مَنْ يَرْعَى حَوْلَ الْحِمَى يُوشِكُ أَنْ يُوَاقِعَهُ أَلاَ وَإِنَّ لِكُلِّ مَلِكٍ حِمًى أَلاَ وَإِنَّ حِمَى اللَّهِ مَحَارِمُهُ ‏"‏ ‏.‏
Traduction
An-Numan bin Bashir a rapporté que le Messager d'Allah (SAW) a dit

« Ce qui est légal est clair et ce qui est illégal est clair, et entre ces deux éléments, il y a des questions douteuses (pas claires) ; de nombreuses personnes ne savent pas si c'est légal ou illégal. Ainsi, quiconque la quitte pour protéger sa religion et son honneur sera en sécurité, et quiconque tombe dans l'illégalité sera bientôt tombé dans l'illégalité. Tout comme si quelqu'un faisait paître (ses animaux) dans un sanctuaire, il finirait vite par s'y retrouver. En effet, pour chaque roi il y a un sanctuaire (pâturage), et en effet, le sanctuaire d'Allah est ce qu'Il a interdit. »

Commentaire

Aperçu & Thème Central

Ce hadith fondamental, rapporté par An-Nu'man ibn Bashir (qu'Allah l'agrée) et enregistré par l'imam At-Tirmidhi dans Le Livre des Transactions (Jami` at-Tirmidhi 1205), établit un cadre éthique et jurisprudentiel complet pour naviguer dans le paysage moral de la vie. Le Prophète ﷺ distingue trois catégories : le clairement licite (halal), le clairement illicite (haram), et les affaires douteuses (mutashabihat) qui se situent entre les deux. Le thème central est la piété prudente (wara')—l'évitement proactif par le croyant des affaires ambiguës pour préserver l'intégrité religieuse et l'honneur personnel. Le hadith utilise la métaphore puissante d'un sanctuaire royal pour illustrer que les interdictions d'Allah sont des limites sacrées ; paître près d'elles risque de transgresser en péché. Cet enseignement sert de principe maître pour la jurisprudence islamique, guidant les croyants dans les transactions commerciales, les choix quotidiens et la purification spirituelle.

Contexte & Aperçus Linguistiques

Le hadith a été rapporté lors d'une réunion où An-Nu'man ibn Bashir a entendu le Prophète ﷺ parler, et il l'a ensuite transmis avec grand soin, notant sa nature complète. Le terme halal (licite) dérive de la racine h-l-l, signifiant ce qui est délié et permis, tandis que haram (illicite) vient de h-r-m, signifiant ce qui est sacré et interdit. Le mot clé mutashabihat (douteux) vient de sh-b-h, indiquant la ressemblance ou l'ambiguïté—des affaires qui semblent similaires au licite et à l'illicite, les rendant peu claires pour le grand public. Le mot himaa (sanctuaire) fait référence à un pâturage protégé réservé aux animaux d'un roi, où le pâturage est interdit. Le Prophète ﷺ utilise ce concept arabe préislamique pour illustrer les limites divines : tout comme un berger qui fait paître près d'une réserve royale risque de transgresser, un croyant qui s'engage dans des affaires douteuses risque de tomber dans l'illicite. La phrase "beaucoup de gens ne savent pas" distingue les savants qui peuvent discerner les jugements par des preuves des gens du commun qui ne le peuvent pas, soulignant la nécessité de rechercher la connaissance.

Aperçus Savants Clés & Bénéfices Juridiques

  • Fondement Jurisprudentiel : Ce hadith établit le principe de sadd al-dhara'i' (bloquer les moyens du mal), car éviter les affaires douteuses empêche la descente progressive dans l'illicite—un concept fondamental dans la théorie juridique malikite et hanbalite.
  • Priorité Éthique du Wara' : Le hadith élève la scrupulosité (wara') au-dessus de la simple conformité légale, enseignant que l'honneur et la religion du croyant sont protégés par l'évitement proactif, pas seulement par le repentir réactif.
  • Consensus sur les Jugements : Les savants classiques conviennent que la catégorie douteuse inclut les affaires où les preuves textuelles sont conflictuelles ou absentes, et la conduite recommandée est l'évitement sauf si la nécessité l'exige—un principe appliqué dans les transactions financières, la consommation alimentaire et les interactions sociales.
"Celui qui laisse les affaires douteuses a protégé sa religion et son honneur, et celui qui tombe dans les affaires douteuses tombe dans l'illicite, tout comme celui qui fait paître autour d'un sanctuaire y entrera bientôt. Ce hadith est l'un des grands principes de l'Islam, englobant l'ensemble de l'éthique et des bonnes manières." — Imam An-Nawawi, Sharh Sahih Muslim

Vie Quotidienne & Application Spirituelle

Dans la vie contemporaine, ce hadith sert de boussole pratique pour naviguer dans les zones grises éthiques—des stratagèmes financiers douteux et des partenariats commerciaux ambigus aux produits certifiés halal avec un approvisionnement peu clair ou aux revenus des médias sociaux provenant de contenu mixte. Le croyant est appelé à cultiver le wara' en consultant les savants pour les ambiguïtés réelles, en développant une conscience sensible par un auto-examen régulier (muhasabah), et en priorisant la pureté spirituelle sur le gain matériel. Cet enseignement favorise également une vision holistique du monde où chaque choix est un acte d'adoration, et la prudence devient un moyen de se rapprocher d'Allah. En intériorisant ce principe, le musulman construit une barrière protectrice contre le péché, atteint la paix de l'esprit par une conscience claire, et exemplifie l'intégrité dans un monde de confusion morale—accomplissant finalement l'appel prophétique à l'excellence (ihsan) dans toutes les affaires.