Sunan Abi Dawud

Sunan Abi Dawud 1374

À propos de la position debout (dans la prière nocturne volontaire) pendant le mois de Ramadan
Texte arabe du hadith
حَدَّثَنَا هَنَّادُ بْنُ السَّرِيِّ، حَدَّثَنَا عَبْدَةُ، عَنْ مُحَمَّدِ بْنِ عَمْرٍو، عَنْ مُحَمَّدِ بْنِ إِبْرَاهِيمَ، عَنْ أَبِي سَلَمَةَ بْنِ عَبْدِ الرَّحْمَنِ، عَنْ عَائِشَةَ، قَالَتْ كَانَ النَّاسُ يُصَلُّونَ فِي الْمَسْجِدِ فِي رَمَضَانَ أَوْزَاعًا فَأَمَرَنِي رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم فَضَرَبْتُ لَهُ حَصِيرًا فَصَلَّى عَلَيْهِ بِهَذِهِ الْقِصَّةِ قَالَتْ فِيهِ قَالَ - تَعْنِي النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم - ‏"‏ أَيُّهَا النَّاسُ أَمَا وَاللَّهِ مَا بِتُّ لَيْلَتِي هَذِهِ بِحَمْدِ اللَّهِ غَافِلاً وَلاَ خَفِيَ عَلَىَّ مَكَانُكُمْ ‏"
Traduction
Rapporté par 'Aïcha

Les gens avaient l’habitude de prier (prière du tarawih) dans la mosquée pendant le Ramadan à plusieurs reprises. Le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) m’a ordonné (d’étendre une natte). J’ai étendu une natte pour lui et il a prié dessus. Le narrateur a ensuite transmis la même histoire. Le Prophète (صلى الله عليه وسلم) a dit : « Ô gens, louange à Allah, je n’ai pas passé ma nuit sans souci, et votre position ne m’est pas restée cachée.

Commentaire

Aperçu & Thème central

Ce hadith de Sunan Abi Dawud (1374) capture un moment charnière dans le développement précoce de la prière de Tarawih pendant le Ramadan. Le Prophète ﷺ, ayant observé les compagnons prier individuellement en petits groupes, ordonna qu'une natte soit étendue pour lui et les dirigea dans la prière collective. Le thème central est l'équilibre prophétique entre nourrir la prière communautaire et préserver la facilité (yusr) de la Oumma. La déclaration du Prophète ﷺ — « Je n'ai pas passé ma nuit avec insouciance, ni votre position ne m'est restée cachée » — révèle son attention profonde à l'état spirituel de sa communauté et son souci aimant que les pratiques obligatoires ne soient pas confondues avec les surérogatoires, causant ainsi des difficultés. Ce hadith illustre la méthodologie prophétique de la législation graduelle et la priorité de la miséricorde sur la rigidité dans les actes de dévotion.

Contexte & Aperçus linguistiques

L'incident s'est produit la troisième année après l'Hégire, pendant le Ramadan, lorsque les compagnons priaient les prières nocturnes surérogatoires en groupes dispersés dans la mosquée. Le terme arabe « tarawih » (تراويح) dérive de « raaha » (راح), signifiant se reposer, car les fidèles se reposaient entre chaque quatre rak'ahs. L'expression du Prophète « mā bittu sāhian » (ما بتُّ ساهياً) signifie littéralement « je n'ai pas passé la nuit insouciant/négligent », soulignant sa conscience totale de leurs actions. Le mot « khafiya » (خفية) dans « wa lā khafiya ʿalayya makānukum » indique que rien de leur position ou condition ne lui était caché. La narration utilise « sawf » (سوف) ou « amara » (أمر), indiquant un ordre direct de préparer l'espace de prière. Linguistiquement, le hadith souligne le rôle du Prophète ﷺ en tant que berger pleinement conscient de son troupeau, et le terme « qiyam » (قيام) pour la prière nocturne met en évidence la station debout dans la dévotion, une manifestation physique de la vigilance spirituelle.

Aperçus savants clés & Bénéfices juridiques

  • Sagesse législative (Hikmah Tashri') : Le Prophète ﷺ a dirigé la prière de Tarawih pendant trois nuits mais a ensuite cessé, craignant qu'elle ne soit rendue obligatoire (fard) pour la Oumma, démontrant que la Charia priorise la prévention de la difficulté (raf' al-haraj) sur la multiplication des actes de dévotion s'ils mènent à un fardeau excessif.
  • Attention éthique : La déclaration du Prophète ﷺ enseigne qu'un leader — qu'il soit d'une famille, d'une communauté ou d'un État — doit rester profondément conscient des conditions spirituelles et physiques de ceux dont il a la charge, ne rejetant jamais leurs efforts comme insignifiants.
  • Consensus jurisprudentiel : Les savants classiques (jumhur) dérivent de ce hadith la recommandation (istihbab) de la Tarawih en congrégation, les quatre écoles sunnites s'accordant sur sa légitimité. Imam al-Shafi'i et Imam Ahmad considèrent la prière en congrégation comme supérieure, tandis que la cessation du Prophète ﷺ est comprise comme une miséricorde, non une abrogation.
« Le Prophète ﷺ a cessé de les diriger dans la prière par compassion pour sa Oumma, non par oubli ou négligence. Il savait que s'il continuait, elle deviendrait obligatoire, et ils ne pourraient pas la maintenir. C'est le summum de la miséricorde et de la prévoyance. » — Imam Ibn Rajab al-Hanbali, Fath al-Bari (Sharh Sahih al-Bukhari)

Vie quotidienne & Application spirituelle

Dans nos vies contemporaines, ce hadith nous appelle à incarner la miséricorde prophétique dans notre adoration et notre leadership. Lorsque nous prions la Tarawih en congrégation, nous devons nous rappeler que c'est une Sunna de facilité, non un test d'endurance — nous devons donc prier avec tranquillité (tuma'ninah) et ne pas nous précipiter, ni imposer des longueurs excessives qui aliènent les faibles ou les personnes âgées. Pour les leaders communautaires et les parents, l'exemple du Prophète ﷺ nous enseigne à être présents et attentifs aux luttes spirituelles de ceux que nous guidons, ne rejetant jamais leurs petits actes de dévotion. Cela nous rappelle aussi que parfois s'abstenir d'un bon acte (comme la prière collective continue) est en soi un acte de sagesse lorsqu'il protège la communauté du mal. Abordons le Ramadan avec le même équilibre — zèle pour l'adoration tempéré par la compassion, et dévotion enrichie par la conscience des autres. Puissions-nous intérioriser les paroles du Prophète ﷺ : « Je n'ai pas passé ma nuit avec insouciance », et nous efforcer d'être également attentifs à nos propres devoirs et aux besoins de nos frères et sœurs croyants.