Sahih al-Bukhari

Sahih al-Bukhari 48

(Ce qui est dit concernant) la crainte d’un croyant que ses bonnes actions puissent être annulées (perdues) à son insu
Texte arabe du hadith
حَدَّثَنَا مُحَمَّدُ بْنُ عَرْعَرَةَ، قَالَ حَدَّثَنَا شُعْبَةُ، عَنْ زُبَيْدٍ، قَالَ سَأَلْتُ أَبَا وَائِلٍ عَنِ الْمُرْجِئَةِ،، فَقَالَ حَدَّثَنِي عَبْدُ اللَّهِ، أَنَّ النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم قَالَ ‏"‏سِبَابُ الْمُسْلِمِ فُسُوقٌ، وَقِتَالُهُ كُفْرٌ ‏"
Traduction
A raconté 'Abdullah

Le Prophète (ﷺ) a dit : « Maltraiter un musulman est un Fusuq (une mauvaise action) et le tuer est Kufr (mécréance). »

Commentaire

Aperçu et thème central

Ce hadith profond, rapporté par l'imam al-Bukhari dans son Kitab al-Iman (Livre de la foi), établit le caractère sacré de l'honneur et de la vie du musulman. Le Prophète ﷺ déclare que l'abus verbal envers un coreligionnaire constitue un fusuq—un écart par rapport à l'obéissance à Allah—tandis que tuer injustement un musulman est un acte de kufr (mécréance). Le thème central est l'inviolabilité absolue de la personne musulmane : sa vie, sa dignité et sa réputation sont protégées par la loi sacrée. Le hadith sert d'avertissement sévère contre deux péchés graves qui corrodent le tissu de la Oumma, soulignant que la foi véritable (iman) n'est pas seulement une déclaration verbale mais une réalité vécue qui se manifeste par le respect des autres et la retenue de nuire.

Contexte et aperçus linguistiques

Cette parole a été rapportée par Ibn Mas'ud (qu'Allah soit satisfait de lui) et est venue dans un contexte où le Prophète ﷺ abordait la gravité de la violence interpersonnelle et de l'agression verbale, surtout après les conflits tribaux et la mentalité préislamique persistante de jahiliyyah. Linguistiquement, sabb (insulter) fait référence au fait d'insulter, maudire ou vilipender l'honneur d'une personne, tandis que fusuq est dérivé de fasaqa—dévier ou sortir du droit chemin, signifiant une rupture morale qui ternit l'intégrité religieuse. Qatl (tuer) désigne le fait de prendre la vie illégalement, et kufr ici est interprété par les savants comme kufr al-aml (mécréance d'action) ou kufr al-akbar (mécréance majeure) si l'on considère le meurtre comme licite ; sinon, c'est un péché grave qui ressemble aux actions des mécréants, sans nécessairement expulser de l'Islam. Le terme mu'min (croyant) dans le hadith souligne que de telles actions contredisent l'essence même de la foi.

Aperçus savants clés et bénéfices juridiques

  • Gravité théologique : Le meurtre illégal est assimilé à kufr dans le sens d'ingratitude et de rejet du caractère sacré qu'Allah a placé sur la vie d'un croyant, comme le dit le Coran (5:32) : "Quiconque tue une âme... c'est comme s'il avait tué l'humanité entière."
  • Principe éthique : L'abus verbal n'est pas une infraction mineure ; c'est un fusuq, une rébellion contre le commandement d'Allah de dire du bien ou de se taire (comme dans Bukhari 6018). Cela élève la protection de l'honneur d'un musulman à un devoir légal et spirituel.
  • Consensus juridique : La grande majorité des savants (Ahl al-Sunnah) conviennent qu'un musulman qui tue un autre injustement ne sort pas de l'Islam à moins qu'il ne considère le meurtre comme licite, mais il encourt un châtiment éternel s'il ne se repent pas, tandis que la peine légale prescrite (qisas) ou le prix du sang (diyah) s'applique dans ce monde.
"Ibn Hajar al-Asqalani (qu'Allah lui fasse miséricorde) a dit dans Fath al-Bari : 'L'intention ici est de magnifier l'interdiction de tuer et d'abuser d'un musulman, et de clarifier que ce sont parmi les plus grands péchés—à tel point que le meurtre est décrit comme kufr pour indiquer son extrême gravité, non pour déclarer l'auteur comme mécréant pur, tant qu'il ne le considère pas comme licite.'"

Application quotidienne et spirituelle

Dans nos interactions quotidiennes, ce hadith nous oblige à garder nos langues et nos mains. Il appelle à un changement de paradigme : chaque musulman est un mu'min dont le sang, les biens et l'honneur sont sacrés—un principe qui doit transcender les divisions tribales, ethniques ou sectaires. Pratiquement, nous devons nous abstenir de moquerie, de sarcasme ou d'humiliation publique, que ce soit en personne ou en ligne, et défendre activement la réputation des autres. Lorsque la colère monte, nous rappelons le conseil du Prophète ﷺ : "Ne vous mettez pas en colère" (Bukhari 6116), et nous cherchons refuge auprès d'Allah contre les insufflations de Shaytan. De plus, nous devons être vigilants à soutenir des systèmes juridiques justes qui protègent la vie, et à promouvoir une culture de miséricorde et de pardon. En incarnant cet enseignement avec ihsan—agir comme si nous voyions Allah—nous transformons nos communautés en sanctuaires de paix, où la foi n'est pas seulement proclamée mais démontrée par le caractère sacré que nous accordons à chaque enfant d'Adam.