Bulugh al-Maram

Book 8, Hadith 58

Texte arabe du hadith
وَعَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ ‏- رضى الله عنه ‏- عَنِ اَلنَّبِيِّ ‏- صلى الله عليه وسلم ‏-قَالَ : { مَنْ كَانَ يُؤْمِنُ بِاَللَّهِ وَالْيَوْمِ اَلْآخِرِ فَلَا يُؤْذِي جَارَهُ , وَاسْتَوْصُوا بِالنِّسَاءِ خَيْرًا , فَإِنَّهُنَّ خُلِقْنَ مِنْ ضِلَعٍ , وَإِنَّ أَعْوَجَ شَيْءٍ فِي اَلضِّلَعِ أَعْلَاهُ , فَإِنْ ذَهَبْتَ تُقِيمَهُ كَسَرْتَهُ , وَإِنْ تَرَكْتَهُ لَمْ يَزَلْ أَعْوَجَ , فَاسْتَوْصُوا بِالنِّسَاءِ خَيْرًا } مُتَّفَقٌ عَلَيْهِ , وَاللَّفْظُ لِلْبُخَارِيِّ 1‏ .‏‏1 ‏- صحيح .‏ رواه البخاري (9 52 ‏- 253 / فتح )‏ ، ومسلم ( 1468 )‏ ( 62 )‏ .‏ "تنبيه" : هذا الحديث حقيقته حديثان ، ونبه على ذلك الحافظ نفسه في " الفتح " فإلى قوله : "جاره" حديث ، والباقي حديث ، وفي رواية مسلم لم يذكر الحديث الأول ، وإنما ذكر حديثا آخر، وهو : "من كان يؤمن بالله واليوم الآخر، فإذا شهد أمرا فليتكلم بخير أو ليسكت".‏
Traduction

Celui qui croit en Allah et au Jour Dernier, qu’il ne cause aucun tort à son voisin. Et traitez les femmes avec bonté, car elles ont été créées à partir d’une côte. Et la partie la plus courbe de la côte est sa partie supérieure. Si tu vas pour la redresser, tu la briseras, et si tu la laisses, elle restera courbe. Traitez donc les femmes avec bonté. [Unanimement reconnu ; la formulation est celle d’al-Bukhari].

Commentaire

Aperçu & Thème central

Ce hadith, rapporté par al-Bukhari et Muslim, résume deux dimensions profondes de l'éthique islamique : le caractère sacré des droits du voisin et le paradigme divinement ordonné pour l'harmonie conjugale. Le Prophète ﷺ lie la foi en Allah et au Jour Dernier au fait de s'abstenir de nuire à son voisin, établissant que la vraie foi se manifeste dans la conduite sociale. La deuxième partie utilise la métaphore frappante de la côte pour enseigner aux hommes la nature inhérente des femmes—non pas comme un défaut à corriger, mais comme un dessein divin exigeant douceur, patience et appréciation. Le thème central est que la foi exige la compassion, et que le lien conjugal prospère lorsque les maris comprennent le tempérament divinement créé des femmes et y répondent avec miséricorde plutôt que par la force.

Contexte & Aperçus linguistiques

Le hadith a été prononcé lors du Pèlerinage d'adieu (Hajjat al-Wada'), un moment de guidance complète. L'expression arabe "istawsū bil-nisā' khayran" (prenez mon conseil concernant le bon traitement des femmes) utilise l'impératif "istawsā", qui implique une recommandation solennelle et emphatique—non pas un simple conseil facultatif mais un engagement éthique contraignant. Le mot "khayran" (bonté) englobe la gentillesse, la justice, la patience et la sensibilité émotionnelle. La métaphore "khuliqat min ḍil'" (créée d'une côte) fait référence à la création d'Ève à partir de la côte d'Adam (Coran 4:1, 7:189), symbolisant la nature de la femme comme compagne—non pas subordonnée dans l'essence mais distincte dans la disposition. Le terme "a'waj" (courbé) désigne une courbure naturelle, non une déficience morale ; le Prophète ﷺ clarifie que cela est inhérent, non blâmable. "In dhahabta tuqīmuhā kasartahā" (si tu tentes de la redresser, tu la briseras) met en garde contre la dureté, avec "kasartahā" (briser) signifiant métaphoriquement le divorce ou un préjudice irréparable à la relation.

Aperçus savants clés & Bénéfices juridiques

  • Les droits du voisin comme test de foi : L'imam Ibn Hajar al-Asqalani (Fath al-Bari) note que nuire à son voisin—que ce soit par des paroles, des actes ou de la négligence—est un péché majeur qui contredit la plénitude de la foi, et que ce hadith établit une obligation légale (wujub) d'éviter toutes formes de préjudice envers les voisins, la majorité des savants statuant que c'est une obligation communautaire (fard kifayah) de maintenir les droits du voisin.
  • La métaphore de la côte comme principe jurisprudentiel : Les savants déduisent que les hommes ne doivent pas chercher à "réformer" les dispositions naturelles de leurs épouses par la coercition ou la force. Les écoles malikite et hanbalite citent ce hadith pour interdire la dureté dans la correction conjugale, soulignant que la patience (sabr) est la méthode prescrite—reflétant la pratique du Prophète ﷺ de guidance douce.
  • Complémentarité des genres, non infériorité : Le hadith recadre positivement le récit de la création : la nature distincte des femmes est intentionnelle. L'imam al-Nawawi (Sharh Sahih Muslim) explique que la "courbure" fait référence à la constitution émotionnelle et psychologique naturelle des femmes, qui n'est pas un défaut à éliminer mais une caractéristique à comprendre, permettant une dynamique conjugale équilibrée où aucun partenaire ne domine injustement.
"Le Prophète ﷺ n'a pas dit 'redressez la côte' mais 'traitez bien les femmes', car quiconque cherche à changer le tempérament inné d'une femme ne fera que briser le lien du mariage. Le mari sage est comme un médecin doux qui travaille avec la nature du patient, non contre elle." — Imam Ibn Rajab al-Hanbali, Jami' al-'Ulum wa'l-Hikam

Vie quotidienne & Application spirituelle

Dans la vie contemporaine, ce hadith offre un plan de transformation. Premièrement, il défie les musulmans d'examiner leur traitement des voisins—que ce soit dans la proximité physique, les communautés en ligne ou les lieux de travail—en s'assurant que la foi n'est pas seulement rituelle mais relationnelle. Deuxièmement, pour les maris, il appelle à un changement de paradigme : au lieu d'essayer de mouler les épouses selon des attentes idéalisées, on doit embrasser le tempérament unique de son partenaire comme un dépôt divin. Pratiquement, cela signifie écouter activement lors des désaccords, éviter les paroles dures et prioriser la réconciliation plutôt que de "gagner" des arguments. La métaphore de la côte enseigne aussi qu'une femme est une partenaire—prise du côté, non de la tête (pour dominer) ni des pieds (pour être piétinée), mais du côté (pour être embrassée). Dans les moments de frustration, le croyant doit se rappeler le conseil d'adieu du Prophète ﷺ et répondre avec sabr (patience) et ihsan (excellence), transformant la maison en un sanctuaire de miséricorde (sakinah) qui reflète le caractère même du Messager ﷺ, qui n'a jamais été dur ou grossier, et qui a dit : "Les meilleurs d'entre vous sont ceux qui sont les meilleurs envers leurs épouses" (Tirmidhi).