Muwatta Malik
Book 47, Hadith 15
Texte arabe du hadith
وَحَدَّثَنِي عَنْ مَالِكٍ، عَنْ أَبِي الزِّنَادِ، عَنِ الأَعْرَجِ، عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ، أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم قَالَ " إِيَّاكُمْ وَالظَّنَّ فَإِنَّ الظَّنَّ أَكْذَبُ الْحَدِيثِ وَلاَ تَجَسَّسُوا وَلاَ تَحَسَّسُوا وَلاَ تَنَافَسُوا وَلاَ تَحَاسَدُوا وَلاَ تَبَاغَضُوا وَلاَ تَدَابَرُوا وَكُونُوا عِبَادَ اللَّهِ إِخْوَانًا " .
Traduction
Le Messager d'Allah, qu'Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit : « Gardez-vous du soupçon, car le soupçon est le plus mensonger des propos. N'espionnez pas et ne guettez pas, ne vous livrez pas à la rivalité, ne vous enviez pas, ne vous haïssez pas et ne vous tournez pas le dos. Et soyez, serviteurs d'Allah, frères. »
Aperçu & Thème central
Ce hadith profond, rapporté par l'imam Malik dans le Muwatta sous le chapitre du bon caractère, sert de charte éthique complète pour la communauté musulmane. Le Prophète ﷺ commence par interdire la suspicion (zann), la qualifiant de parole la plus mensongère, puis démantèle systématiquement les vices sociaux qui détruisent l'harmonie communautaire : l'espionnage, l'écoute clandestine, la rivalité, l'envie, la haine et l'abandon mutuel. Le thème central est la préservation du tissu spirituel et social de la ummah par la purification intérieure et la fraternité extérieure, culminant avec le noble commandement : « Soyez des serviteurs d'Allah, frères. » Le hadith établit que la foi véritable exige non seulement une croyance correcte, mais aussi la culture d'un cœur pur et d'une conduite sociale vertueuse, reflétant la nature holistique de la morale islamique.
Contexte & perspectives linguistiques
Le hadith a été prononcé dans un contexte où le Prophète ﷺ abordait les dangers des suppositions non vérifiées et de la discorde sociale parmi la première communauté musulmane de Médine. Linguistiquement, le terme arabe « zann » (suspicion) englobe à la fois la certitude et le doute, mais ici il se réfère spécifiquement aux suppositions négatives injustifiées sur les autres, que le Prophète ﷺ déclare comme « akdhab al-hadith » (le discours le plus mensonger) car il attribue des faussetés aux autres sans preuve. Le commandement « la tahassasu » (n'espionnez pas) dérive de la racine h-s-s, signifiant chercher les défauts cachés, tandis que « la tajassasu » (n'écoutez pas aux portes) implique d'écouter les conversations privées. L'interdiction du « tanafus » (compétition) et du « tahasud » (envie) vise l'attachement du cœur aux gains mondains, tandis que « tabaghadu » (haine) et « tadabaru » (se tourner le dos) ciblent les actions qui rompent les liens fraternels. La phrase conclusive « ibadallah ikhwanan » (serviteurs d'Allah, frères) relie magnifiquement la servitude envers Allah à l'unité fraternelle, indiquant que la vraie soumission à Allah produit naturellement l'amour mutuel et la solidarité entre les croyants.
Aperçus savants clés & bénéfices juridiques
Application quotidienne & spirituelle
À notre époque moderne de médias sociaux, de surveillance et de comparaison constante, ce hadith offre un chemin transformateur. Pratiquement, un croyant doit entraîner son esprit à interpréter les actions des autres de la meilleure façon possible (husn al-zann), évitant le cycle toxique des suppositions qui engendre la méfiance. Cela signifie s'abstenir de lire les messages privés, d'enquêter sur les affaires des autres ou de propager des rumeurs. Dans les lieux de travail et les familles, on doit consciemment réprimer l'envie et la compétition, célébrant plutôt les succès des autres comme des bénédictions d'Allah. Lorsque des conflits surviennent, le hadith exige une réconciliation proactive plutôt qu'une estrangement silencieux ou une haine prolongée. Spirituellement, cet enseignement purifie le cœur, permettant un culte sincère et approfondissant la connexion avec Allah, car comme le Prophète ﷺ l'a dit ailleurs : « Aucun de vous ne croit vraiment jusqu'à ce qu'il aime pour son frère ce qu'il aime pour lui-même. » En incarnant ces principes—garder la langue, protéger la vie privée et nourrir l'amour fraternel—un musulman devient une manifestation vivante de l'unité de la ummah, reflétant la beauté de l'islam dans chaque interaction et se rapprochant d'Allah par l'excellence du caractère (ihsan).