Sunan an-Nasa'i

Sunan an-Nasa'i 124

Essuyer les Khuffs
Texte arabe du hadith
أَخْبَرَنَا قُتَيْبَةُ بْنُ سَعِيدٍ، قَالَ حَدَّثَنَا اللَّيْثُ بْنُ سَعْدٍ، عَنْ يَحْيَى، عَنْ سَعْدِ بْنِ إِبْرَاهِيمَ، عَنْ نَافِعِ بْنِ جُبَيْرٍ، عَنْ عُرْوَةَ بْنِ الْمُغِيرَةِ، عَنْ أَبِيهِ الْمُغِيرَةِ، عَنْ رَسُولِ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم أَنَّهُ خَرَجَ لِحَاجَتِهِ فَاتَّبَعَهُ الْمُغِيرَةُ بِإِدَاوَةٍ فِيهَا مَاءٌ فَصَبَّ عَلَيْهِ حَتَّى فَرَغَ مِنْ حَاجَتِهِفَتَوَضَّأَ وَمَسَحَ عَلَى الْخُفَّيْنِ ‏.‏
Traduction

D’après Al-Mughirah bin Shu’bah, le Messager d’Allah (ﷺ) sortit pour se soulager, et Al-Mughirah le suivit, (emportant) un vase d’eau. Il lui versa de l’eau quand il eut fini de se soulager, et il accomplit le Wudu' et essuya ses Khuffs.

Commentaire

Aperçu et thème central

Ce hadith, rapporté dans Sunan an-Nasa'i (124) dans le Livre de la Purification, résume la pratique prophétique d'alléger le processus de purification rituelle tout en maintenant sa validité essentielle. Le thème central est la législation du frottement sur les chaussettes en cuir (Khuffs) lors des ablutions (Wudu') — une concession divine (Rukhsah) qui atténue les difficultés pour le croyant, surtout dans les climats froids, en voyage, ou dans des circonstances où retirer ses chaussures est contraignant. Le récit met également en lumière la belle compagnie d'Al-Mughirah ibn Shu'bah (qu'Allah l'agrée), qui servait le Prophète (ﷺ) en portant de l'eau, démontrant la vertu du service désintéressé envers le Messager d'Allah et, par extension, envers les musulmans. Le hadith affirme que la Charia équilibre la rigueur et la miséricorde, n'imposant jamais de difficulté excessive dans l'adoration.

Contexte et aperçus linguistiques

L'incident s'est produit lors de l'expédition de Tabuk en 9 AH, lorsque le Prophète (ﷺ) avait besoin de se soulager en privé. Al-Mughirah, portant un récipient d'eau, le suivit — un service indiquant le lien étroit entre les Compagnons et leur Messager bien-aimé. Le terme arabe "Khuffs" (خُفَّيْنِ) fait spécifiquement référence à des chaussettes ou pantoufles en cuir qui couvrent les pieds jusqu'aux chevilles, couramment portées en Arabie pour la protection et la chaleur. L'expression "a essuyé sur ses Khuffs" (مَسَحَ عَلَى خُفَّيْهِ) utilise la racine "m-s-h" (مسح), signifiant passer des mains mouillées légèrement sur une surface — distinct du lavage (ghasl). Linguistiquement, le hadith souligne que la concession s'applique uniquement à l'essuyage, non au lavage, et est limitée à la surface supérieure du Khuff, comme clarifié dans d'autres narrations. Le sabab al-wurud (contexte de l'énoncé) est le besoin pratique de facilité pendant le voyage, où retirer ses chaussures à plusieurs reprises causerait des difficultés — ainsi le Prophète (ﷺ) a institutionnalisé cette règle comme une miséricorde d'Allah.

Aperçus savants clés et bénéfices juridiques

  • La permission d'essuyer sur les Khuffs est établie par la Sunna (mutawatir en pratique), avec une durée spécifiée : un jour et une nuit pour un résident et trois jours et trois nuits pour un voyageur (selon Sahih Muslim). Cette règle est une concession (Rukhsah) qui doit être adoptée, non rejetée, car Allah aime que Ses concessions soient utilisées.
  • Le hadith démontre le principe de facilitation dans la loi islamique (Taysir), montrant que la purification n'est pas une fin en soi mais un moyen de permettre la prière et l'adoration — ainsi, la Charia fournit des alternatives pratiques lorsque le lavage est contraignant.
  • Les savants sont unanimes que l'essuyage sur les Khuffs est valide à condition que les Khuffs soient purs, couvrent la zone requise (jusqu'aux chevilles) et aient été mis en état de pureté rituelle (Wudu'). La majorité (y compris les quatre écoles) permet cette pratique, tandis qu'une minorité (par exemple, certains Khawarij et Chiites) l'a rejetée — mais les preuves accablantes de l'action constante du Prophète réfutent leur position.
"Ce hadith est parmi les preuves que l'essuyage sur les Khuffs est permis et légiféré. C'est une miséricorde d'Allah envers Ses serviteurs, et personne ne le rejette sauf celui qui est ignorant de la Sunna ou suit ses désirs. Le Prophète (ﷺ) l'a pratiqué en présence des Compagnons, et ils l'ont transmis en masse." — Imam Ibn Hajar al-Asqalani, Fath al-Bari (Sharh Sahih al-Bukhari)

Vie quotidienne et application spirituelle

Dans notre vie quotidienne, ce hadith nous enseigne à embrasser les concessions divines avec gratitude plutôt qu'avec une rigueur inutile. Face au froid, aux voyages ou à des circonstances exigeantes, un musulman peut en toute confiance essuyer ses Khuffs ou chaussettes (s'ils remplissent les conditions) pendant la période prescrite, sachant que c'est un acte d'adoration agréable à Allah. Spirituellement, le hadith cultive un état d'esprit d'équilibre — ni extrême dans la négligence ni excessif dans l'auto-imposition de difficultés — reflétant la guidance prophétique : "Facilitez les choses et ne les rendez pas difficiles" (Bukhari). De plus, le service d'Al-Mughirah nous inspire à aider les autres dans leurs actes d'adoration, que ce soit en fournissant de l'eau, en aidant aux préparatifs ou en facilitant toute bonne action. Cet esprit de soutien mutuel renforce les liens communautaires et reflète la compassion du Prophète (ﷺ), qui a accepté cette aide avec humilité. En fin de compte, le croyant apprend que l'Islam est une religion de facilité, où chaque règle sert une sagesse plus profonde — purifier le cœur, alléger le chemin et se rapprocher d'Allah avec sincérité et excellence (Ihsan).