Sunan an-Nasa'i

Sunan an-Nasa'i 2534

Faire la charité lorsque vous êtes autonome
Texte arabe du hadith
أَخْبَرَنَا قُتَيْبَةُ، قَالَ حَدَّثَنَا بَكْرٌ، عَنِ ابْنِ عَجْلاَنَ، عَنْ أَبِيهِ، عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ، عَنْ رَسُولِ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم قَالَ ‏"‏ خَيْرُ الصَّدَقَةِ مَا كَانَ عَنْ ظَهْرِ غِنًى وَالْيَدُ الْعُلْيَا خَيْرٌ مِنَ الْيَدِ السُّفْلَى وَابْدَأْ بِمَنْ تَعُولُ ‏"
Traduction
D’après Abou Hurairah, le Messager d’Allah a dit :

« La meilleure charité est celle qui est donnée quand on est autosuffisant, et la main supérieure vaut mieux que la main inférieure, et commence par ceux dont on est responsable. »

Commentaire

Aperçu et thème central

Ce noble hadith, rapporté par l'imam An-Nasa'i dans ses Sunan (2534) sous le Livre de la Zakat, résume la sagesse prophétique concernant la priorité et l'étiquette du don charitable. Le Prophète ﷺ établit un cadre complet : l'aumône est la plus vertueuse lorsqu'elle est donnée dans un état de suffisance et de surplus, la main qui donne détient une supériorité inhérente sur la main qui reçoit, et la première réclamation sur les biens d'une personne appartient à ses propres dépendants. Cette triade de principes élève la charité d'une simple transaction à un acte d'adoration profond qui équilibre le respect de soi, la responsabilité sociale et l'obligation familiale. Le thème central est la cultivation d'une communauté musulmane digne et autonome où la charité découle de la force, non de l'insouciance, et où les droits de la famille précèdent les efforts philanthropiques plus larges.

Contexte et aperçus linguistiques

Le hadith a été rapporté par Abu Hurairah (qu'Allah soit satisfait de lui) dans un contexte où le Prophète ﷺ clarifiait la manière optimale de dépenser dans le chemin d'Allah. L'expression "lorsque vous êtes autosuffisant" traduit l'arabe "عَنْ ظَهْرِ غِنًى" (an dhahri ghina), signifiant littéralement "du dos de la richesse" — impliquant de donner de ce qui reste après que les besoins essentiels sont satisfaits, non de ce dont on a désespérément besoin. La "main supérieure" (اليَدُ العُلْيَا) fait référence à la main qui donne, tandis que la "main inférieure" (اليَدُ السُّفْلَى) est la main qui reçoit ; les savants classiques comme Ibn Hajar notent que la supériorité de la main supérieure est à la fois littérale (dans la position physique pendant le don) et métaphorique (dans le rang spirituel). La directive "commencez par ceux dont vous êtes responsable" (ابْدَأْ بِمَنْ تَعُولُ) utilise le verbe "تَعُولُ" de "عول" signifiant soutenir ou entretenir, englobant tous les dépendants — famille, serviteurs, et ceux sous sa garde. Le sabab al-wurud du hadith inclut la question d'un compagnon sur la meilleure aumône, ce qui a suscité cette réponse prophétique complète qui réoriente la compréhension du croyant de la générosité, du don impulsif à la distribution stratégique basée sur les besoins.

Aperçus savants clés et bénéfices juridiques

  • Priorité jurisprudentielle : Le hadith établit une hiérarchie juridique claire dans la dépense — l'entretien obligatoire des dépendants a préséance sur la charité volontaire (nafl). L'imam Ash-Shafi'i et l'imam Ahmad ont statué qu'une personne doit d'abord satisfaire les besoins de ceux qu'elle est légalement obligée de soutenir avant de donner une charité surérogatoire.
  • Dignité éthique : La supériorité de la main supérieure enseigne que l'autosuffisance et le don sont moralement supérieurs à la mendicité et à la réception. Ce principe décourage la dépendance et encourage les musulmans à s'efforcer d'atteindre l'indépendance financière, tout en avertissant contre l'humiliation de demander aux autres inutilement.
  • Sagesse dans le don : L'expression "du dos de la richesse" implique que la charité ne devrait pas compromettre les besoins fondamentaux de la personne. Les savants en déduisent qu'il est détestable (makruh) de donner toute sa richesse tout en laissant soi-même et sa famille dans le dénuement, car cela contredit l'équilibre prophétique entre générosité et prudence.
"Le sens de 'la main supérieure est meilleure que la main inférieure' est que la main qui donne est meilleure que la main qui prend, et celui qui dépense et s'abstient de demander est meilleur que celui qui demande et reçoit. Cela indique la vertu de donner et le blâme de demander sans nécessité." — Imam An-Nawawi, Sharh Sahih Muslim

Vie quotidienne et application spirituelle

Dans la vie contemporaine, ce hadith sert de boussole éthique profonde pour la conduite financière. Pratiquement, il instruit le croyant de d'abord sécuriser les besoins de son foyer — nourriture, vêtements, éducation et soins de santé — avant d'allouer des fonds à des causes externes, aussi nobles qu'elles puissent paraître. Il appelle également à un changement de mentalité : au lieu de donner de ce qui reste après l'extravagance, le croyant devrait planifier la charité comme une ligne budgétaire délibérée, donnant du surplus véritable tout en maintenant une réserve prudente. Spirituellement, le hadith cultive la vertu de 'iffah (retenue) et de qana'ah (contentement), exhortant les musulmans à éviter la dégradation de demander aux autres sauf en cas de nécessité absolue, et à trouver l'honneur dans le don plutôt que dans la prise. De plus, il enseigne que la charité n'est pas simplement un acte de transfert monétaire mais un reflet de l'âme — la main supérieure symbolise un caractère élevé, la générosité et la confiance en la provision d'Allah. En intériorisant cet enseignement, un musulman transforme chaque acte de don en un moyen de purifier le cœur, de renforcer les liens familiaux et de bâtir une communauté où personne n'est laissé dans le besoin, mais où chacun maintient sa dignité et sa valeur personnelle.